Culture

Livre - Ksenia Potrapeliouk : "Pourquoi je ne dis plus « travailleuses du sexe » en parlant des prostituées."

lien vers le livre un métier comme un autre Un matin d’hiver à Montréal, une femme commence sa journée de travail. Elle prépare un café, bavarde avec son assistante, vérifie les rendez-vous d’une journée très remplie… Florence tient un « salon » de « massages thérapeutiques » : ouvert de 9h à 18h, des « clients » en nombre, des « serviettes bien pliées », des « effluves de parfum » et une hygiène impeccable…. « Un métier comme un autre»

Sous l’apparence de la fiction, ce livre joue sur les paradoxes. Le titre semble annoncer une apologie du « travail du sexe ». Mais au fil des pages, Ksenia Potrapeliouk déconstruit les éléments de langage bien peaufinés de son personnage. La réalité se dévoile : quel que soit le nom qu’on lui donne, « travail du sexe », escorting ou autres, la prostitution est un immense mensonge où tout le monde travestit la réalité pour donner l’illusion qu’elle est acceptable, voire émancipatrice...

Florence, la première. Elle se ment à elle-même d’abord, pour supporter : « Je ne suis pas dans la rue », « tous les métiers ont leurs inconvénients, il faut bien que quelqu’un fasse le sale boulot… », « c’est juste en attendant… », « pour 100 dollars, elle pouvait bien faire avec un homme relativement propre ce qu’elle avait déjà fait gratuitement avec des mecs douteux et pas toujours clean… ». Florence ment aussi à ses « clients ». Face à eux, elle devient Béatrice et chaque fois qu’elle les rejoint, elle se dissocie de son corps : « Alors n’importe qui pouvait bien en profiter, vu qu’elle n’était pas dedans…».

Les « clients » aussi ont deux visages : « Elle en avait vu, des mecs « fidèles » et progressistes (et féministes) qui passaient leur temps à essayer toutes les masseuses de la ville ». Ils s’inventent des histoires : « Elles aiment ça… », « elles ont trouvé une bonne combine…», « elles joignent l’utile à l’agréable…», « j’améliore leur situation économique, je n’ai jamais forcé personne… ». Ils se persuadent qu’ils achètent un « service » alors qu’ils exploitent la vulnérabilité d’une femme juste pour se donner « le sentiment d’être un mâle dominant »

Qu’y a-t-il derrière ces mensonges ? L’argent comme une drogue, « une société de consommation (qui) envahit tous les recoins de la vie ; lubrique, obscène, omnipotente », « une machine qui broye les êtres humains entre ses rouages impitoyables…. ». Et une seule vérité : « Jamais, à personne, la prostitution n’a offert une vie digne ».

Tout pourrait continuer ainsi dans la vie bien réglée de Florence/Béatrice. Mais la mécanique s’enraye. Le grain de sable en l’occurrence est le compagnon de Florence qui surgit dans le salon de Béatrice, bouleversant les faux-semblants… Tout bascule alors. Et Florence n’a pas d’autre issue que de détruire Béatrice… pour renaître à une autre vie.

>> Ksenia Potrapeliouk, Un métier comme un autre, BoD, 2021, 5,99€

 

« Papa, viens me chercher ! » : face à face d’un père et sa fille mineure, victime de prostitution

Papa, viens me chercher !LIVRE - Dans un livre-témoignage rare, Thierry Delcroix et sa fille Nina racontent à la fois l'enfer qui a conduit l'adolescente à la prostitution et le combat mené par ses parents pour la sauver...

 

Tout au long de cet ouvrage, Nina retrace l'engrenage qui l'a conduite à se prostituer et son embrigadement par les proxénètes. Au départ, un sentiment de liberté. La mineure raconte ses difficiles années de collège. Cette bonne élève, qui faisait l'objet de railleries, explique avoir voulu rompre avec l'image de petite fille sage qui lui collait à la peau et que ses harceleurs ne manquaient pas de lui rappeler. Nina voyait dans la prostitution un moyen d'attirer leur attention, de se démarquer et de s'émanciper de son environnement familial, pourtant sécurisant. Rapidement, elle dit avoir été attirée par l'argent, qu'elle voyait comme une arme de séduction susceptible de lui procurer la notoriété qu'elle recherchait. LIRE>>>